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Raito (Light) Yagami, un brillant étudiant, se retrouve un jour en possession du Death Note, un étrange carnet noir hérité d’un dieux de la mort lui conférant le terrible pouvoir de tuer à distance presque qui il veut. Alors qu’il décide de devenir le roi d’un nouveau monde édifié et purifié à coup de sentences expéditives, Raito est prit en chasse par L, sorte de « profiler » de génie, le seul qui puisse apparemment lutter contre cet adolescent élevé en juge suprême et absolu par la découverte du cahier. Mais, entre ces deux protagonistes géniaux, qui détient la véritable « justice » ?

Death note est un thriller efficace à tous point de vue. Le scénario original est constamment sur la corde raide, porté par des personnages charismatiques ayant chacun leurs raisons personnelles d’agir. Ici point de rebondissement à tiroirs : on ne s’ennui pas une second mais la narration ne se disperse pas en intrigues parallèles et tout reste fixé sur le même fil rouge qui consiste en une simple question : qui sera assez fort pour défaire l’autre ?

Coté design l’aspect « gothique » des couvertures et des pages couleurs ne semble être là que pour répondre à un effet de mode punk-goth, la mise en page étant elle, épurée jusqu’à la froideur, claire et, il faut le dire, impeccable, soutenant à merveille la tension qui suinte du récit. Enfin, quelques passages comiques allègent le récit sans le dénaturer.

Le point de départ de Death Note invite néanmoins à la réflexion. Si l’histoire ne se sert des inquiétants shinigamis que comme un prétexte et ne donne jamais vraiment à leurs figures monstrueuses le droit de citer, la fabuleuse omnipotence offerte par leur cahier pose la grande question du récit. Le pouvoir corrompt, et plus il est grand, plus son influence est définitive. Jusqu’où peut-on parler de justice ? Les différents commentaires que l’on peut lire à propos des agissements de Raito rappellent que dans le manga, une partie sans cesse grandissante de la population mondiale finit par soutenir, à différente échelles, le nouveau monde qu’il prône, aussi subjectifs ses jugements soient-ils. Certains légitiment sa démarche initiale, qui est de « purifier » le monde et pensent que la seule chose condamnable soit de s’être laissé entraîné à éliminer également les « innocents » qui se sont dressés sur sa route. Pourtant, je préfère lire Death Note  comme une condamnation vigoureuse de cette façon de penser. Raito, manipulateur et mégalomane, tue par narcissisme et pas réellement pour améliorer l’humanité.

Puisque tout lui réussit et que devant lui, intelligent, séduisant, toutes les portes s’ouvrent, pourquoi ne pourrait-il pas étendre son ambition au poste le plus élevé : la divinité ? Death Note est, du coté de Raito comme de ses ennemis, une histoire d’orgueil, et c’est de part et d‘autre l’envie de démontrer sa supériorité qui anime réellement le récit. 

Face au pouvoir absolu, la rédemption peut-elle encor venir ?

Malgré cette alléchante chronique, on ne peut pas dire que Death Note soit exempt de défauts. L’efficacité d’une narration constamment sur le fil du rasoir finit par sacrifier l’épaisseur de ses personnages, qui manquent de profondeur, de passé, d’envies. La réflexion que je viens d’ébaucher n’est pas développée par l’intrigue essentiellement policière et elle-même finit par être diluée, étirée, grand écueil du manga à succès auquel Death Note n’échappe pas complètement. Pour finir la fin est somme toute un peu faible. Malgré ça, Death Note reste un moment de lecture passionnant que je vous recommande chaudement.

12 tomes, série finie, disponible uniquement au japon pour le moment.

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(Raito-le-Bisho en pleine scéance de pose. Notez que Death Note possède un fandom yaoiste assez inquiétant... brrr plus flippant que le shinigamis le plus moche, il existe la yaoiste fanatique. >0<)