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Angleterre 1997 : la verte Albion est aux mains du fascisme. Le « Système », appareil d’état omniprésent, surveille tout et tous. Dans cet enfer où la répression brutale et les humiliations individuelles sont monnaie courante, chacun s’est résigné à son sort. Personne n’ose plus se battre contre le Système.

Personne... sauf V.

Violence

Tout débute par une nuit sombre et sinistre, dans une ville de Londres opprimée, sous les yeux omniprésents du Système. Ils observent dans la pénombre.

Evey avance dans les rues désertes. Soudain, une personne adossée à un réverbère. Elle s’approche, et demande à l’homme de coucher avec elle. Manque de pot, cet homme fait parti du Système, et la prostitution est interdite. D’autres ombres se profilent et entourent alors Evey, elle est déjà condamnée.

Soudain, un étrange personnage apparaît, couteaux dans chaque paume. En un éclair, les hommes sont à terre, l’Homme au Masque l’emmène dans son Antre, le Musée des Ombres. Evey est tirée d’affaire, mais elle n’en sortira pas indemne.

On commence le comic comme le parfait livre du révolutionnaire, pour voir celui qu’on appelle V infliger le coup de grâce au Système qu’il a juré de vaincre. Mais au bout d’un moment, une question vient à l’esprit :

Qui est V ?

Un idéaliste qui veut rallumer l’espoir au cœur d’un monde trop noir ?

Un tragédien que sa passion pour les métaphores shakespeariennes aurait conduit à la grandiloquence ?

Un bouffon qui souhaite rire aux dépens de l’ordre établi ?

Un anarchiste aux idées révolutionnaires dépassées ?

Un terroriste fanatique qui ne reculera devant rien pour abattre le gouvernement ?

Ou simplement un fou ?

Et si V était seulement synonyme de vengeance ? V... pour Vendetta ?

Impossible à savoir, du moins pas avant la fin. Et pourtant, l’auteur nous donne des indices, son identité est juste sous notre nez, et on ne voit rien venir, comme si l’on était aveuglé. Alan Moore nous a eu, définitivement, il s’est joué de nous. V nous a toujours montré son visage, celui d’un fou.

Vaillance

Mais pour réussir à savoir qui est donc V, il faut d’abord commencer par s’intéresser au personnage principal, car contrairement à ce que l’on croit ce n’est pas l’Arlequin au masque de Guy Fawkes, mais Evey. En effet, c’est avec cette jeune fille que l’on commence l’histoire, c’est avec elle qu’on la finira.

Plus fort que cela même, elle n’est pas le personnage central, elle est le lecteur, en disant toujours ce que l’on pense, en ne comprenant pas V, en le harcelant de question, qui resteront d’ailleurs sans réponses. Mais Evey ne sait pas encore quelque chose : on ne peut pas comprendre V.

Aussi, en tant que centre du récit, elle va faire une descente aux enfers, à la limite de la folie, en voyant son passé ressurgir, en découvrant son amant tué (Je le précise, ce n’est pas V) ou bien en étant séquestré par la police du Système, dans un passage sublime au cours de l’Acte II.

Cependant, tout cela semble être orchestré par V, mais dans quel but, pourquoi lui faire subir cela ? Il lui fait subir cette lente invasion de la folie, mais dans une logique implacable, celle de V.

Vérité

Mais revenons en à V, et expliquons tout d’abord pourquoi un tel nom.

Le plus simple est évidement expliqué par le titre, v pour vendetta, ce qui est une vengeance (on retrouve encore une fois le V dans ce mot),  une guerre entre deux clans, soit V et son Musée (arme de la folie) contre le Système et ses appendices.

Mais aussi, plus tard dans le comic, on découvre que ce même V, dans un passé lointain, aurait été enfermé dans la chambre 5 (V en latin) et y aurait subit des châtiments peu enviables qui auraient, semble-t-il, forgé son caractère.

Plus subtil, on peut y voir une triple abréviation de la citation « Veni, Vidi, Vici » de César, connotant sa lutte incessante et acharnée qu’il ne lâchera pas.

Notons aussi que c’est le 5 novembre 1605 (redondance de ce chiffre décidément) que Guy Frawks, catholique anglais étant impliqué dans la Conspiration des Poudres,  fit exploser le Westminster Palace. Les deux sont de grands Anarchistes, normal que V lui emprunte son visage et lui rende hommage dans son nom et ces forfaits.

Terminons cette présentation de son nom par sa propre présentation à Evey : « Voila ! A première vue, je ne suis qu’un vulgaire comédien de vaudeville, à qui les vicissitudes de la vie font jouer le vilain et la victime, et vice versa. Ce visage, n’est pas que le vil reflet de ma vanité, mais un vibrant vestige de la vox populi aujourd’hui vacillante et vaincue. Vous devez y voir les vieux restes d’une vexation vieillissante, aussi vive que vivante, et vouée à vaincre cette vermine vulgaire, vivace, virulente et vénale, qui vivote en privant ces valeureuses victimes vaincues de la vérité et des vraies valeurs. Le seul verdict que je vois est la vengeance. Une vendetta violente brandie telle un ex-voto et non en vain, visant à faire vaincre la vertu, face à cette vilenie lovée dans les veines de nos villes. Ces vagues vocales faisant de moi un ventriloque vociférant ces volutes verbales, revenons – en a l’essentiel. Je suis très honoré de vous rencontrer et vous pouvez m'appeler V. »

Mais finalement, on aura tourné au tour du pot, sans jamais rien savoir. Rassurez vous, on saura tout de V : qui il est, son plan, son avenir.

Et cela ne sera dévoilé à la fin, dans un chapitre sublime, le neuvième du Troisième et dernier Acte. Et je pèse mes mots en disant sublime, car on y voit Evey penser véritablement à notre place, notamment en prononçant cette phrase : « Qui que tu puisses être, ce ne sera jamais assez énorme, tu perdras de ta superbe, de ton mythe ». Et la dernière case, sans un mot, nous dévoile absolument tout, montrant le génie fou de V. Simplement délicieux.

Pour finir, et sans en dire trop, nous pouvons paraphraser V pour savoir ce qu’il ait : « Je ne suis ni chair ni sang, mais simplement une idée. Une idée immortelle. »

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© Zenda 1989 Lloyd/Moore