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« Un peu jaunes… Un peu rouges… Un peu vertes… Les silhouettes des objets disparaissent progressivement derrière mes paupières pour laisser place à l’obscurité. »

C’est l’histoire d’une fille. N’importe laquelle. Celle qu’on aime, celle qu’on déteste, celle qu’on croise tous les jours. Juste, une fille. Elle a sommeil. Elle s’endort. Elle rêve… Elle rêve… Elle se retrouve devant un Konbini. Comme ça. Elle entre. Le gérant du magasin est là. C’est un chien. Il a un bonnet. ‘’Tiens tiens… Bienvenue !’’. Mais qui est-ce ? Où est-elle ? Est-elle endormie ? Est-elle éveillée ? Réalité ou rêve ?

Cette jeune fille est en fait arrivée dans le monde entre la mort et la vie. Le monde où les esprits viennent avant de partir pour l’au-delà, où ils peuvent laisser tous leurs sentiments. Mais voilà, elle, elle n’est pas morte. Elle est arrivée là. Pourquoi ? Parce que, tout simplement. La fille ne peut pas se réveiller comme ça, partir, revenir dans son monde. Il faut attendre. Que faire ? Travailler un peu au Konbini.

« Ferme les yeux… Toi aussi, tu vas bientôt t’endormir… »

Le magasin que tient Le Patron est rempli de toutes sortes de choses. Il y a des canettes de boissons. On enferme dedans les souvenirs des gens passés par là. Il y a des regrets, des bons souvenirs, des sentiments divers. Il ne faut pas les ouvrir, ou ces personnes ne vivront plus en paix. Celles-ci viennent régulièrement, et il faut les aider.

Il y a aussi des livreurs de rêves. Car c’est ici que se créent les dits-rêves. Ces livreurs, ce sont des petites bêtes. Ils portent des masques. Des oiseaux, des chiens, des lapins, des renards… Mais qui sont-ils ? Ce sont des personnes qui ne sortent plus de ce monde. Elles ont commis de trop grands crimes. On leur a alors confié cette tâche. Eternellement.

Les ‘’morts’’ venus se confier permettent de donner une dimension plus tragique au récit. Leurs passés ne sont pas toujours heureux, les malheurs qui les accablent sont d’autant plus touchants qu’ils peuvent nous arriver. Et on voit que, aussi joyeux que soient les personnages, tous ont une petite part de drame. Pas les histoires à la façon de Shakespeare, mais cette tristesse qu’on peut ressentir permet de plus se rapprocher des personnages, de les comprendre. Et il n’y a rien de mieux que de comprendre et de se rapprocher d’un personnage.

Néanmoins, la série n’est pas dénuée d’humour. Les mimiques du Patron, les réactions de la fille, le Bon-Dieu, le monde qui les entoure, presque tout pourrait faire rire. Soit par le pittoresque, soit par la mignardise. Cette ‘’aventure’’ vous prêtera forcément à sourire.

Le mangaka développe aussi une pointe de réflexion, avec le fait d’être seul, de n’avoir aucun sentiment, de ne pas prêter attention à ce qui nous entoure, de ne penser qu’à soi. Point de la grande philosophie, mais un petit truc du genre donne toujours une dimension à l’œuvre.

Mais il n’y a pas que ça. Il y a aussi d’autres patrons, un autre enfant non-mort, le père de celui-ci, et encore quelques autres personnages. Mignons. Tristes. Heureux. Attachants. Magnifiques. Drolatiques. Toute une galerie d’animaux, d’humains, de tout et n’importe quoi, auxquels on s’attache le temps d’un tome.

Bizarre graphisme. Dénué, simpliste. Moche ? Nan, beau. Il permet de très bien faire passer les sentiments des personnages. On ressent les mêmes choses qu’eux. On en pleurerait. Au contraire, une couverture bien plus travaillée. Dans les teintes beiges-jaunes, très douce. Et puis, quelques planches au bout du livre permettent de rire un peu.

L’édition de Kana en elle-même est impeccable, en grand format (sous-collection Made In) avec des planches et une adaptation soignée. Une petite postface de l’auteur et une biographie de celle-ci en bonus, sympathique. Le tome coûte quand même dix euro, mais il les vaut bien.

« Attends-moi, d’accord ? »

Pour ce qui est de mon avis personnel… J’adore. Je suis passé du rire aux larmes, de la joie à la tristesse rien qu’en lisant ce one-shoot. Certains passés des personnages donnent vraiment un aspect grave au manga, notamment celui du Patron, qui m’aura touché. A côté de ça, l’humour mignon et gentil régulier permet de souffler et de sourire. Les mimiques notamment du dit-Patron, le banquet, ou encore la façon de travailler de la fille, il y a de quoi passer un bon moment. Et puis, malgré tout, pour peu que l’on aime les univers oniriques, on ne peut qu’être transportés par ce déluge de sentiments, de mignardise et de rêveries. Hisae Iwaoka nous a servi une œuvre impeccable, qui n’était d’ailleurs au départ pas destinée à la vente. Ce manga était à titre d’amateur, et on se rend compte que le résultat est bien au-dessus de cela. Un curieux mélange de propos tragiques et de légèreté. C’est pourquoi, je le dis et je le redirai encore longtemps, Yumenosoko reste mon manga préféré. Et largement.

« Nous voulons rêver paisiblement. »

T-Rex